Copains du 17 RGP : Pour les anciens, les actuels, les futurs du 17ème RGP... Et les sympathisants !
17ème RGP
Copains du 17 RGP  

17e RGP... La vengeance de Saint-Michel

Une enquête de Cédric Boukerma

Cédric regrettait d’avoir laissé Bowie chez ses parents à Kerostran. Il se sentait seul et désœuvré ! Décidant qu’une bonne soirée entre copains s’imposait, il appela Fred.
Pendant qu’il mettait au point le rendez-vous, son regard fut attiré par une image furtive qui traversa l’écran du téléviseur. Le visage de Claire Louvier apparut un instant, puis s’estompa pour faire place à celui de son mari.
Dès qu’il eut raccroché, Cédric s’empressa d’augmenter le son. Sur fond de générique final, le présentateur terminait son éditorial. « Quels sont donc les liens qui unissaient l’homme politique au proxénète Luc Heinecker ? L’irréprochable Gabriel Louvier avait-il certaines accointances inavouables ? Les circonstances mêmes de sa mort le laissent supposer. Car, bien que la police garde encore secrets certains éléments de l’enquête, nous savons que c’est la même main qui a frappé les deux hommes ! »
Cédric zappa, à la recherche d’autres informations. Mais toutes les chaînes offraient les mêmes commentaires, marqués d’ironie, à l’égard de Louvier.
Au début de sa carrière, Cédric avait eu l’occasion d’interviewer le politicien et une certaine sympathie était née entre eux. Sans toutefois être de véritables amis, ils se rencontraient de temps à autre, échangeant quelles balles au même club de squash. Tout récemment encore, ils avaient déjeuné ensemble, en compagnie de celle que les médias avaient surnommée « l’ange de Gabriel », la jolie Madame Louvier.
Cédric venait de passer, en Bretagne, une semaine de détente, sans télé ni journaux et la nouvelle du décès de Gabriel Louvier lui causait un choc.
Il allait partir rejoindre Fred au restaurant, quand l’interphone grésilla. C’était Roger.
Roger entra tout de suite dans le vif du sujet.
- J’ai un problème énorme sur les bras !
- Perso ou Professionnel ?
- Boulot... Le genre d’affaires qu’habituellement un flic s’arrange pour éviter. Du style qui peut asseoir définitivement ta carrière ou, au contraire, te ramener à la circulation !
- Tu m’intrigues, de quoi s’agit-il ?
- Eh bien ! Louvier... Mon vieux ! Gabriel Louvier ! Rien que ça !
- Pas possible ! C’est toi qui hérite de l’affaire ? J’étais justement en train d’y réfléchir.
- Oui, je sais que tu le connaissais. C’est pourquoi je pense que tu vas pouvoir m’aider !
- Je peux essayer. Mais... C’est quoi, au juste, les fameuses circonstances du crime, dont tout le monde parle, et que personne ne dévoile ?
- Luc Heinecker et Gabriel Louvier ont été tués exactement de la même façon : un coup de poignard en plein cœur.
- On a retrouvé l’arme ?
- Oui, elle a été laissée sur place, c’est à dire dans la poitrine des victimes. Mais attends, le meilleur reste à venir ! Et surtout ne ris pas... Ils étaient allongés sur le dos, les bras en croix, avec un taille-crayons dans une main et des plumes dans l’autre ! Qu’est-ce que tu en dis ?
Malgré la recommandation de Roger, et en dépit de la sympathie qu’il avait éprouvée pour Louvier, Cédric ne put réprimer un sourire.
- Un taille-crayon et des plumes ! C’est une histoire de fou ! Mais, dis-moi... Des plumes d’oiseau ou pour écrire ?
- Des plumes d’oiseau. Pour être précis, des plumes de pigeon, comme on peut en ramasser sur n’importe quel trottoir parisien !
- C’est aberrant !
- Tu vois pourquoi on ne divulgue rien au public... On n’y comprend rien !
- A priori, la mise en scène paraît plutôt puérile. Pourtant, il y a certainement une symbolique qui nous échappe... murmura Cédric. Pour le taille-crayons, ça pourrait signifier qu’une mine trop affûtée a fait du tort à quelqu’un. Et les plumes de pigeon... Eh ! bien... Celui qui a été pigeonné se venge ?
- C’est un peu ce que je pense. On se doute que Louvier, en tant qu’homme politique, a eu maintes fois l’occasion de nuire à ses concurrents ! Mais quel rapport avec le proxénète ?
- En effet. Qu’est-ce que tu sais sur ce gars-là ?
- Oh ! C’est très simple ! Lui, c’est le salaud intégral ! Affaires louches en tous genres... Drogue... Recel... Rien de bien reluisant. Avec ça, un cheptel de filles qui ne risque pas de faire la page centrale de Play Boy ! Imagine comment je suis reçu, par les proches de Louvier, quand j’envisage une relation entre ces deux-là !
- Tu as intérêt à marcher sur des œufs ! Au fait, as-tu déjà interrogé Claire Louvier ?
- Je l’ai vue hier. Naturellement, elle est effondrée. Elle ne veut pas entendre parler de Heinecker. Elle estime que ça salit inutilement la mémoire de son mari. Remarque, je la comprends. Mais il doit bien y avoir un lien, tout de même ! Tu n’aurais pas une idée ?
- Je vais peut-être te paraître candide. Mais Louvier me faisait vraiment l’effet d’un type bien. Sincère et passionné. Je ne le vois vraiment pas mêlé à une affaire de proxénétisme... Ni de drogue, d’ailleurs ! Tu as d’autres hypothèses à proposer ?
- On a parlé de sexe, on a parlé de sectes, aussi... Au départ, c’est mon collègue Rivard qui était sur l’affaire. Il a fouillé dans toutes les directions mais ça n’a rien donné. C’est d’ailleurs pour ça qu’au bout de trois jours, on m’a refilé le dossier. Tu penses bien qu’en haut lieu, on s’impatiente ! Mais j’avoue que je ne suis pas plus fier que ça d’avoir récupéré le bébé !
- Je veux bien te croire !
- Et toi... Sectes, drogue, femmes... Qu’est-ce que tu en dis ?
- Pour ce qui est des sectes, à mon sens, tu peux écarter l’idée, Louvier était bien trop équilibré. Quant aux femmes, il semblait très attaché à la sienne. D’ailleurs, si tu l’as rencontrée...
- Oui, quelle classe ! A présent, je comprends pourquoi on la compare à un ange ! Il faudrait être un sombre crétin, étant marié à une pareille beauté, pour s’amuser à fricoter avec des prostituées !
- Il est l’heure... Allons retrouver Fred. Il aura peut-être une idée, lui !
Ils en étaient au digestif et personne n’avait eu d’idée. Fred pas plus que les autres !
En désespoir de cause, Cédric posa une question banale.
- De quelle couleur, les taille-crayons ?
- Je ne les ai pas encore vus ! Rivard les a passés au labo pour analyse. Je les récupère demain.
Roger consulta sa montre.
- Il n’est pas trop tard ! J’appelle chez lui.
Un bref échange et il éteignit son portable, l’air plutôt excité.
- Décidément, Cédric, tu poses toujours les questions qui font mouche ! Figure-toi que Rivard ne l’a même pas noté dans son rapport, mais, les taille-crayons... C’est bien plus que de simples taille-crayons ! Ils sont en forme de petits globes terrestres. Tu sais, avec la réserve pour les rognures de bois à l’intérieur.
Cédric était stupéfait.
- Dis-moi... Ça change les données du problème, tu ne crois pas ?
- Oui. Jusqu’à présent, on avait des crayons bien aiguisés et des plumes. Maintenant, on a la terre entière et toujours des plumes ! répliqua Roger, morose.
- Eh ! N’oubliez pas le poignard, tout de même ! compléta Fred.
- Le poignard... Fred, tu es génial ! Un poignard, le monde et des plumes. Eh ! Ça ne te rappelle rien, Roger ?
Roger et Fred froncèrent les sourcils.
- Non, je ne vois pas... répondirent-ils presque en chœur.
- C’est normal que ça n’évoque rien pour Fred. Mais toi Roger... Réfléchis ! Pour te donner un indice supplémentaire : Louvier avait fait son service militaire comme nous, au 17ème Régiment du Génie Parachutiste de Montauban. Bien sûr, c’était dix ans avant nous... Mais, imagine un peu que Heinecker ait également été para !
- Oh ! La ! La ! Je vois où tu veux en venir ! J’avoue que je n’y aurais jamais pensé ! s’exclama Roger.
Il reprit, sur un ton théâtralement dramatique :
- J’ai fait le tour du monde, j’y ai laissé des plumes... Mais Saint-Michel me vengera !
A peine avait-il terminé sa phrase, que le fou rire le prenait. Cédric était lui-même hilare depuis le début de la tirade. Fred les regardait, complètement éberlué.
- Ne me laissez pas mourir idiot, les gars ! Expliquez-moi, dit-il.
- A toi l’honneur, Cédric ! dit Roger.
- Voilà, c’était une sorte de devise qui circulait dans le régiment à propos des insignes de nos bérets. Je te montrerai le mien, tu verras ! C’est un cercle, orné d’un poignard et de plumes. Le cercle est sensé représenter le monde, le poignard c’est pour la vengeance et les plumes, c’est celles que le pauvre para a perdues en faisant son tour du monde ! Mais surtout, ne me demandes pas qui a inventé le dicton ! Nous, ça nous faisait franchement rire, mais il y avait des gars que ça galvanisait !
- Un para... C’est très plausible, dit Roger en retrouvant son sérieux. Demain matin, j’appelle Claire Louvier. Il faut savoir en quelle année son mari a fait l’armée. Pour Heinecker, c’est facile, il suffit de taper au fichier, on a tout son pedigree !
Le lendemain, Cédric accompagna Roger chez les Louvier. Il fut ému devant le visage triste et défait de Claire. Elle les accueillit de façon amicale et parut soulagée lorsqu’ils lui exposèrent la nouvelle orientation de l’enquête. Elle s’empressa de chercher dans les papiers personnels de son mari, et retrouva une vieille photo prise le jour de la remise de son brevet de parachutiste.
Parmi la vingtaine de jeunes gens qui posaient, et malgré les années écoulées, on reconnaissait bien Gabriel Louvier et Luc Heinecker !
En quittant la propriété des Louvier, Cédric paraissait songeur. Roger lui en fit la remarque.
- C’est Madame Louvier qui te fait cet effet ? Mais, dis-moi... Tu ne serais pas amoureux, toi ?
- Oh ! Je l’ai été à une certaine époque. J’ai même cru que c’était réciproque ! Tu sais... J’avais vingt-trois ans, elle en avait trente, elle était mariée. J’admirais énormément Louvier. J’ai dû me prendre pour Lancelot du Lac face au roi Arthur, je n’ai pas voulu m’interposer entre lui et sa reine Guenièvre !
- Tu n’en as jamais parlé...
- Que veux-tu, à chacun son jardin secret ! Mais rassure-toi, je m’en suis remis !
De retour à la PJ, Roger contacta les autorités militaires du 17ème RGP et obtint l’identité des autres brevetés de cette année-là. Ensuite, il mit tous ses inspecteurs sur leur piste. Retrouver ces hommes que l’armée avait réunis, une vingtaine d’années plus tôt, n’était pas une mince affaire. Ils étaient, à présent, disséminés à travers la France.
Toute l’équipe travaillait d’arrache-pied. Au fur et à mesure qu’on récupérait les renseignements, on interrogeait les intéressés et leur proches, on vérifiait les emplois du temps.
Trois jours complets s’écoulèrent ainsi, dans la fébrilité. Il était presque 22 heures, ce vendredi-là quand Cédric rejoignit Roger à la PJ.
- Je me doutais que je te trouverais encore le nez dans tes dossiers. J’ai rendez-vous avec Fred à la Guinness Tavern.À mon avis, un peu de musique et une bonne bière te feraient le plus grand bien !
- Tu as raison. De toute façon, à l’heure qu’il est, inutile d’espérer de nouveaux éléments !
Dès qu’ils furent installés devant leurs chopes, Roger relata le résultat de ses investigations. Sur les vingt et un garçons qui avaient posé pour la photo de groupe, il en avait localisé et interrogé douze. Tous avaient des alibis en béton. Deux autres étaient morts dans des accidents de la route et quatre avaient quitté la France depuis de nombreuses années.
Le calcul était simple, en ajoutant Louvier et Heinecker, ça faisait vingt hommes. Il en manquait un à l’appel, un gars de Mulhouse. Était-ce lui l’assassin ?
- Ce matin, j’ai envoyé Eber enquêter à Mulhouse, précisa Roger. J’attends toujours de ses nouvelles.
- Au fait... dit tout à coup Cédric. Je pense à une chose dont on a oublié de tenir compte. Un gars qui n’aurait pas décroché le brevet ne figurerait pas sur la photo.
- Eh ! C’est pas idiot ça... Demain, je rappellerai Montauban !
Roger s’interrompit net en entendant la sonnerie de son téléphone mobile. Il sortit converser dans la rue, car autour d’eux, la musique se déchaînait.
A son retour, ses amis remarquèrent aussitôt la petite lueur qui animait ses pupilles.
- Vous ne devinerez jamais !
- Non... Mais tu vas nous éclairer.
- C’était Eber ! Il a retrouvé la trace du gars qui nous manquait. Il dirigeait une petite société de gardiennage et sécurité. Il est mort, il y a trois mois, dans des circonstances mystérieuses.
Comme un serveur passait près de leur table, Cédric le héla :
- Hé ! Éric ! Tu peux nous apporter l’addition et trois cafés ? J’ai bien peur que les réjouissances soient terminées pour nous, ce soir !
Se tournant vers Roger, il poursuivit :
- On n’a pas intérêt à traîner. Mulhouse, ce n’est pas la porte à côté !

Ils atteignirent Mulhouse au petit matin. Roger se présenta à ses collègues locaux. L’inspecteur Mathis était de permanence. Il connaissait parfaitement l’affaire, qui n’était d’ailleurs pas encore élucidée. Le corps de Pierre Eschen avait été retrouvé dans son bureau. Il avait été poignardé mais l’arme avait disparu. Pas de plumes, pas de globe terrestre ! Roger était un peu déçu.
Mathis lui tendit une chemise cartonnée « Voici le dossier Eschen. Installez-vous dans mon bureau, si vous voulez le potasser. »
Tous trois se partagèrent la tâche. Ils étudièrent le dossier avec minutie mais n’y découvrirent rien d’intéressant.
Quand il jugea l’heure convenable, Roger composa le numéro du 17ème RGP. Il demanda le Colonel qui l’avait déjà renseigné sur l’identité des anciens camarades de Gabriel Louvier.
Cette année-là, sur vingt-deux jeunes gens, vingt et un avaient été brevetés. Le seul qui avait échoué et ne figurait donc pas sur la photo, s’appelait Francis Guersh. Il était de Mulhouse !
Cédric sursauta à l’énoncée de ce nom.
- Guersh ! Mais... Je viens de lire ce nom-là, à l’instant !
Ils se précipitèrent sur le dossier. L’épouse de Pierre Eschen s’appelait Guersh de son nom de jeune fille !
Nos trois amis se rendirent chez elle, accompagnés de l’inspecteur Mathis. C’est lui qui avait mené l’enquête sur le meurtre de son mari.À sa vue, elle parut très mal à l’aise.
Ils n’eurent pas à insister bien longtemps. Lise Eschen s’effondra. Elle leur expliqua comment elle avait surpris son frère devant le corps inanimé de son mari. Francis Guersh était sans emploi et son beau-frère refusait de l’embaucher.
- Francis m’a tout avoué, raconta-t-elle en pleurant. Mon mari le traitait toujours de bon à rien. Déjà, quand ils étaient jeunes, il se moquait de lui parce qu’au 17ème RGP il n’avait pas osé sauter en parachute. Pierre était si dur avec lui... Alors il a voulu se venger. Mais je ne sais pas ce qui lui est passé par la tête. Des choses incohérentes !
- Quelles choses ?
- Oh ! Il avait mis des plumes et puis un taille-crayons en forme de petite terre dans les mains de Pierre. C’était affreux, on aurait cru l’œuvre d’un fou ! J’ai enterré tout ça dans le jardin et j’ai rendu son couteau à Francis. Je lui ai donné de l’argent et je l’ai accompagné à la gare, Il avait un copain à Paris... Après, j’ai appelé la police. Mais je ne pouvais pas dénoncer mon frère... C’était trop dur... Je ne pouvais pas !
- Avez-vous l’adresse de votre frère ? demanda Roger.
- Il habitait chez son copain. Mais Luc vient de mourir, ils l’ont dit à la télé. Mon pauvre Francis, il n’a jamais eu de chance !
- Luc ? Luc Heinecker ? demanda Roger.
La boucle semblait bouclée ! Roger donna des directives pour qu’on recherche Francis Guersh. Puis, nos trois amis reprirent la route de Paris.
Francis Guersh fut arrêté le lendemain, alors qu’il errait dans Pigalle. Il avoua avoir tué Heinecker, tout comme il avait tué son beau-frère. Luc s’était moqué de lui, le traitant de minable. D’un seul coup, ça lui avait de nouveau rappelé l’armée et sa honte quand il avait eu peur de sauter. De nouveau, il avait vu rouge.
Lors de son interrogatoire, il ne cessa de répéter :
- Je me suis vengé... Avec mon poignard, comme un vrai parachutiste ! Qu’est-ce que vous croyez ? Moi aussi, j’ai été para  au 17ème RGP!
Il semblait avoir à moitié perdu la raison. Entre deux divagations, il donnait tous les détails sur ses crimes... Eschen, Heinecker... Mais, pas un mot sur Gabriel Louvier ! Quand les policiers suggéraient qu’il avait voulu poursuivre sa vengeance et frapper tous ses anciens camarades de régiment, il restait hébété !
Le juge d’instruction considéra qu’il ne fallait pas tenir compte de la mémoire défaillante de ce dément. Il avait agi, mené par de vieilles frustrations. Un point c’est tout !
Pourtant, Roger était tracassé. Il avait le sentiment que Guersh disait vrai. Cette affaire était très importante pour sa carrière, il ne voulait pas se tromper.
Il s’en ouvrit à Cédric.
- J’ai l’impression de me retrouver au point de départ. C’est presque une histoire de famille entre ces trois gars de Mulhouse. Et Louvier me semble hors jeu ! Pourtant, qui d’autre aurait pu monter un pareil scénario ? Guersh lui-même dit qu’il n’en a parlé à personne.
- Attends un peu... Il y a bien sa sœur... Et si elle s’était confiée à quelqu’un ? suggéra Cédric.
- La sœur... Oui, pourquoi pas ? Il faut voir !
Roger enquêta sur Lise Eschen. C’est ainsi qu’il découvrit qu’avant son mariage, quand Pierre était au service militaire, elle avait vécu à Paris. C’était donc à Paris que son fiancé passait ses permissions. Il était souvent accompagné d’un camarade, un certain Gabriel. A cette époque, Lise avait une collègue de travail, Claire Léaud, une jolie fille au visage d’ange dont Gabriel ne tarda pas à tomber amoureux !
Pierre et Lise s’étaient mariés, ils étaient revenus vivre à Mulhouse. La vie civile avait séparé les deux hommes mais leurs femmes étaient restées très liées, elles se téléphonaient souvent.
Lise Eschen leur conta tout cela, en sanglotant. Quand le drame avait secoué sa vie, elle s’était épanchée auprès de Claire Louvier. Toutefois, dans l’émotion, elle avait oublié de lui dire qu’elle avait dissimulé les indices qui l’effrayaient tant ! De toute façon, pas un instant elle n’avait soupçonné la façon dont son amie utiliserait ses confidences !
Le reste, c’est Claire qui l’avoua. Gabriel Louvier évoquait souvent ses souvenirs de régiment devant elle. Il n’était pas avare d’anecdotes. Quand Lise lui parla de la folie de son frère, du globe, des plumes... Claire en comprit tout de suite la signification. Depuis longtemps, elle n’aimait plus ce mari trop occupé de politique. Mais il refusait le divorce, craignant le « qu’en dira-t-on ». De plus, c’était lui qui possédait la fortune... Claire vit le parti qu’elle pouvait tirer des révélations de son amie. Francis Guersh avait déjà tué une fois... La police retrouverait certainement sa trace. Pourquoi n’endosserait-il pas un second meurtre ?
Elle avait tué son mari et disposé les indices qui devaient diriger les soupçons vers l’ancien parachutiste. Par un étrange hasard, l’affaire Heinecker était venue se greffer là-dessus, confirmant l’idée de meurtre en série. Claire avait cru réaliser un crime parfait. En franchissant le portail de la prison, elle eut une pensée pour Cédric « Sans lui... J’aurais réussi ! »
Cédric, habituellement si sûr de ses intuitions, se demandait comment il avait pu se tromper à ce point sur cette femme. Était-elle déjà ainsi, il y a dix ans ? Ou bien était-ce le temps, en passant, qui avait changé l’ange en démon ?
Mais... Qui saura jamais répondre à ce genre de questions ?

Fin




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